Explo : … et on tombe sur le gardien

Retour sur une explo chahutée par la rencontre impromptue du… gardien du lieu.
C’était avant les fêtes de fin d’année. Mister R et moi-même partons pour une explo Urbex dans une friche industrielle à l’abandon depuis quelques temps. Les méandres de la Seine, les sites que la mondialisation n’ont pas épargné.
Des savoir-faire mécaniques, des hommes qui ont trimé, des actionnaires à l’autre bout de la Terre qui regardent des chiffres, la théorie du Chaos en action. Bilan, des lieux à découvrir avant démolition. Y capter  la poésie de la souffrance et de la beauté, du bel ouvrage en brique rouge et de l’utilitaire en fer…On part donc, sac à dos, appareils photos chargés, un matin, tôt, découvrir ce que l’homme abandonne, une fois de plus.
En ligne de mire, une usine.
Le site est grand. Un écriteau « entrée interdite » ne nous empêche pas de rentrer dans le lieu. Des bâtiments à perte de vue, mais l’intuition qu’on ne sera pas seuls longtemps. D’ailleurs, en refermant la grille derrière nous, une dame nous regarde à la fenêtre en face, sans bouger.
Capter le plus de photos dans un temps très court, tel est l’objectif.
Le site est pollué, on ne pourra pas rester longtemps, on se sépare rapidement, une lumière attire l’un, des perspectives attirent l’autre.
Arrivée dans le laboratoire, des produits chimiques trainent encore. Clic. Des transformateurs, des appareils indéfinissables. Clic. Des passerelles en fer rouillé. J’y vais, j’y vais pas. Des objets, des bulletins de paye au sol, des bureaux du siècle dernier. Clic clic.
On se retrouve dans le bâtiment près de la sortie. On entend une voiture entrer au pas, des gens sommés de sortir.
Tiens des collègues qui se sont fait chopper…
On attend un long moment avant de repartir avec notre butin de clichés. Pour sortir du site, on sera a découvert sur 30 mètres. Et la voiture du gardien est à 200 mètres, en ligne de mire. On fait dix pas, on entend le démarreur, on fait vingt pas, et la voiture nous barre le passage. « Qu’est-ce que vous faites ici », nous dit le gentil monsieur. « Des photos, on touche à rien » / « Oui, mais c’est interdit, c’est pollué et en plus, la grille est fermée ».
« Okay, on sort, on est rodé à l’exercice vous savez. Qui est votre employeur, on voudrait revenir avec une autorisation »
« Sortez, maintenant ».
On sort, les cartes mémoires pleines.

Epilogue.

Juste à côté, une société a pignon sur rue. On décide ni une ni deux, d’aller voir à l’accueil.
« Bonjour, nous sommes photographes spécialisés sites sensibles, nous voudrions obtenir une autorisation pour faire des photos à côté s’il vous plait »
« Heu… je me renseigne »
On remarque que cette société n’a juste qu’un nom. Pas de site web, pas de détail sur son activité.
Comme prévu, la secrétaire revient bredouille.
« Juste pour info, vous produisez quoi ici ? »
« Heu… je ne sais pas, vous savez, je ne travaille ici que depuis une semaine… »
Nous ressortons avec un énorme éclat de rire….

Nous reviendrons…